Heureux qui comme JP a vu cent paysages

Jean-Pierre Ilpide, c’est un peu comme Ulysse qui a retrouvé, après maintes traversées, le pays des vertes années. Nous le rencontrons à Saint-Ambroix, chez Ahmid, au café de l’Esplanade. Difficile de faire son portrait car tout le monde l’accoste. Des amis, pour la plupart, à qui il a fait le bonheur « malgré la pluie et le bon temps ». Des gosiers secs, des gens de la maréchaussée, la fine fleur du Gard et des personnalités de la virile infusion.

Mon cheval, ma Provence et moi

Né en 1948 à Clichy, Jean-Pierre est le fils d’un Gagniérois et d’une maman originaire d’Agde. Au lendemain des camps, l’ancien mineur qui est son père se lance comme coiffeur à Paris. C’est donc tout naturellement que le jeune Jean-Pierre passe son brevet et prend les ciseaux. Deux ans seulement car Neptune et Eole semblent l’avoir choisi.
Il s’engage dans l’armée de 1966 à 1968 avec l’envie de devenir pilote mais le mouvement du 22 mars 1968 bascule quelque peu ses plans.
Accompagné de Jeannot, son copain de toujours, il arpente les rues de Paris et monte des barricades. Un instant seulement car les fumées des brûlots contestataires lui font regarder le ciel. L’aviation se rappelle à lui: il prend un billet sans retour vers les Etats-Unis. Un de ses amis, devenu pilote aujourd’hui, lui avait proposé de passer son brevet au Canada. « Après 6 semaines, j’ai été gagné par le mal du pays. La France me manquait. Au bout de 10 mois, je suis revenu » nous dit-il tout sourire.
Il achète un terrain Gagnières en 1971 et arrive dans le village l’année qui suit. « J’avais déjà envie de proposer quelque chose de différent. Ici, tout le monde faisait du fromage de chèvre et moi, j’ai proposé des ballades à cheval ».  Dans la foulée, il lance une pizzéria et la fameuse discothèque L’Etrier qui connaîtra un succès impressionnant.
« A l’époque, on ne connaissait pas ça ici. Nous avions une certaine connaissance de la fête et des loisirs de par notre expérience en région parisienne. On a apporté quelque chose de neuf ». Sa boîte fera venir Marc Lavoine « un mec vachement sympa » et Johnny Hallyday « qui était un peu chargé mais cool ».

Qu’elle est belle la liberté

En 1979, il part dans les Caraïbes « pour acheter un avion et faire du fret ». Il faut dire que trois ans plus tôt, il avait obtenu son brevet de pilotage en Cévennes. Il avait aussi acheté un voilier en 1975. Parallèlement, il ouvre un restaurant au Gosier, dans le centre de la Guadeloupe. La boîte qu’il avait lancée à Gagnières était entre les mains de « gars qui ne payaient pas. Du coup, je suis rentré ». Nous dit-il.
Nous sommes en 1982 et en 1983, son papa, « mon vieux «  comme il l’appelle, décède. « Je me barre et je pars en bateau ». Il rejoint Dakar, puis le Cap Vert. Les vents alizés le portent jusqu’à Tobago. Il navigue un an, deux ans et au bout de la troisième année, tel Ulysse, il revient au pays. Ce n’est pas Ithaque qu’il rejoint mais Paris. Il y monte un garage et de nouveau, c’est le sud qui lui demande de revenir. Il développe une fourrière internationale à Sénas, dans les Bouches-du-Rhône puis une casse. Une activité qu’il arrête en 1990.
Durant 4 ans, il vit de ses rentes et en 1995, il s’installe à Courry, où se trouvent encore ses activités. Mais tel Ulysse de nouveau, l’Asie l’appelle. Ce ne sera pas Troie son combat, dont la cité était située en Asie Mineure; Le cheval, il a connu, il lui faut du plus gros: il décide d’aborder la Chine. « J’ai été voir Max Roustan et j’avais le projet de monter une société de montage et d’assemblage à Alès «  dit l’homme d’affaire. Un projet qui ne verra finalement pas le jour. Jean-Pierre lipide est la personnalité vraie, riche de ses réussites et des ses échecs. Au moment de nous quitter, il nous raconte une dernière anecdote: « je me rappelle d’avoir vu un truc de fou. Des tortues géantes de 300 kgs.
Revoir cela est impossible aujourd’hui. C’était extraordinaire ». Son épouse Géraldine est décédée en 2011. « Une accompagnatrice importante, la femme de ma vie ». Il est papa de Tom et d’Alexandra qui travaillent avec lui. C’est surtout l’ami franco de port dont on se souviendra toujours.
Sa société ISM fête cette année ses 25 ans.

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