Les insectes, stars du bois de la Cocalière

« Candidat suivant ! », réclame Samuel, le réalisateur. Délicatement, Alain sort une cétoine bleue de la boîte transparente. D’une main il la dépose sur une branche au soleil ; de l’autre il brandit déjà son filet, au cas où. « Elle est énervée , dit-il, elle ne va pas tarder à s’envoler. » Alors il faut filmer vite.
Nous sommes aux portes du bois ardéchois de Paiolive mais c’est encore le Gard. Christophe Bouquet, qui exploite familialement la grotte de la Cocalière, sur la commune de Courry, en possède une centaine d’hectares. Le bois recèle de tant de merveilles que les Bouquet souhaitent étendre leur domaine et créer une réserve de protection des espèces. Tant d’espèces que WWF (ONG de protection de l’environnement) et l’association Paiolive ont envoyé Samuel Ruffier réaliser un Micro cosmos version cévenole.
C’est la fin de la journée. Les touristes ont rejoint leur camping, la lumière est moins aveuglante et les insectes se mettent en scène. Le tournage peut commencer. Alain Fabregat sert de guide au réalisateur. Le jour, il conduit le petit train pour les visiteurs de la grotte ; le soir il est poète en sa forêt. Tout ce qui vit à Paiolive lui est familier. « La nature, ce sont des formes géométriques. Là où vous voyez juste un tronc, moi je vois deux lignes parallèles. S’il y a une bosse à un endroit, je la repère. C’est qu’il y a quelque chose dessus. » Pour la venue de Samuel Ruffier, il a préparé une dizaine d’insectes. Préparé, soit guetté, attendu, capturé et gardé les bêtes dans des boîtes en plastique jusqu’à leur passage devant la caméra. Là, les lucarnes copulent, la mante religieuse, immobile, se dore, la grande sauterelle dite alien de la nature, qui ne tient pas en place, retourne en boîte, et les cétoines bleues, malgré les bons réflexes d’Alain, se font la malle. « C’est la première fois que je vois des bleues, c’est vraiment rare », dit Samuel, qui n’a pu les filmer assez longtemps. Pas grave, Alain en retrouvera d’autres lors de sa prochaine excursion en solitaire.
Combien d’espèces vivent sur le site ? Il l’ignore. Ni scientifique ni exploitant, Alain a « juste commencé à noter ce qu'(il) voi (t) sur un carnet », par passion, plutôt. Le message qu’il véhicule aux visiteurs est simplissime : « laissez-les en paix, c’est leur maison ici ». « Les émissions de télé, comme Fort Boyard, créent une psychose autour des insectes. Mon travail, c’est de montrer qu’elles ne réagissent que pour se défendre », assène-il.
Quand la caméra s’éteint et que leur travail est terminé, les stars de Paiolive s’éloignent et retrouvent une terre dont ils sont, au fond, les uniques propriétaires.

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